Chemin de recherche

Penser un objet de pop culture

Géographies et horizons de la course à pied.

La révolution culturelle des années 1960-70 a bouleversé le rapport à la course. Il s’agissait jusque-là d’activités pratiquées par les athlètes dans le cadre de clubs et d’université. Pour certains, courir en public était considéré comme une perte d’énergie. Dans le même temps, une révolution des loisirs opérait — recreational revolution (Scheerder, Breedveld et Borgers, 2015), popularisant de fait la pratique sportive (Stokvis, 2005). Si le secteur du running a réellement connu un premier boom populaire dans les années 80, son développement est depuis les années 2000 fulgurant en Europe et en Amérique du Nord. Depuis 2008, l’Asie voit également les activités de course se développer très rapidement si l’on s’en tient à l’augmentation du nombre de “finisher “ de marathon (Melorose, Perroy et Careas, 2015b, p. 12). Le running est devenu une activité récréative à part entière, activité de masse d’après certains auteurs (Stokvis, 2005) — objet de pop culture à définir donc. L’une des devises de l’enseigne Nike résume cette démocratisation du running : « If You Have a Body, You’re an Athlete » ! Le running devient même figure de style, et figure type de la culture fitness made in USA représentant le succès en terme physique (Scheerder et al., 2015).

D’après le magazine Jogging International, 5500 courses ont lieu chaque année en France, soit une moyenne de 100 courses par semaine ! Qu’il s’agisse de courses urbaines, ludiques, fun, nature, hors route, de marathon, d’Ultra Trails, de swimrun ou encore de community run, pour n’en citer que quelques-uns, les participant(e)s sont de plus en plus nombreux sur les lignes de départ.

Lien : Petite histoire du Running et de l’Ultra-trail

Plus de 13 millions de Français courent ! soit 1 français de plus de 18 ans sur 4 d’après la dernière étude intitulée « carte d’identité des pratiquantes (e) s » (janvier 2017) réalisée par la commission running-trail de l’Union Sport & Cycle. Cette récente étude indique par ailleurs que sur les 12 derniers mois, ils sont précisément 3,9 millions à se déclarer “coureurs occasionnels “ (>51 séances), 5 millions comme “coureurs réguliers “ (>155 séances) et 2,4 millions en coureurs “acharnés “ (<156 séances). En parallèle, l’étude confirme la féminisation de la pratique. En effet, 49% des coureurs sont des coureuses — 6,8 millions de pratiquantes au 1er janvier 2017. Les seniors représentent également une part croissante des pratiquants. À l’heure des Marches des femmes organisées partout dans le monde, les projets initiés offrent l’occasion d’aborder la question de genre à travers ce que Pierre Morath, réalisateur du documentaire « Free To Run », souligne comme un processus d’émancipation des femmes par la course à pied. Signe d’appropriation de la pratique par les femmes, il existe aujourd’hui des courses 100% féminines (cf.la Parisienne depuis 1997 et ses 39 000 participantes). La question de la pratique des plus de 60 ans sera également documentée. Souvent associé aux discours sur le « bien vieillir », la pratique d’une activité́ (Age on the move) est encouragée dans le but de maintenir un « vieillissement actif », « réussi » et en « santé ». « Pour rester jeune, courez ! » — injonction sociale ou politique de santé publique ? Les études sont effectivement nombreuses à souligner les bienfaits de pratiques sportives, telles que la course à pied, sur le bien-être et la santé des seniors.

Bref, le sujet est immense et les façons de le saisir multiples.
Pour ligne de départ, le constat d’une multiplication croissante des événements de course à pied donc. Les différents programmes pensés et encadrés par moi même sont donc nés de cette envie de documenter l’actuel engouement pour ces événements sportifs en lien avec la course à pied.