La course sur sentier, pratique immersive de réalité appréciée, oasis de résonance (Article scientifique)

Dans le numéro 7 de la revue scientifique Nature & Récréation d’Octobre 2019, Mathilde Plard a publié un article scientifique intitulé : “La course sur sentier, pratique immersive de réalité appréciée, oasis de résonance“.

Cet article est disponible gratuitement au téléchargement sur le site de la revue :

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Nous proposons ci-dessous le résumé de l’article et le texte de présentation de la revue Nature & Récréation.

Résumé de l’article : Partant du constat de l’actuel engouement pour les activités des courses à pied sur sentiers – les trails, l’article suggère que contre la spirale de l’accélération, augmenter la vitesse permettrait de faire l’expérience du temps présent et d’être attaché au monde. Et si courir, plus vite, plus longtemps offrait finalement l’occasion d’un ici et maintenant ? La course d’ultra fonds sur sentiers (ultra-trail) est présentée comme voie d’immersion, d’incorporation plurielle à soi (i), aux autres (ii) et au monde ou à la nature (iii). Une certaine géographie de la distance intérieure est présentée à travers les modes de construction de soi et des relations variées au monde. Il s’agit ici de penser précisément la relation corps / vitesse comme mode d’accès au présent et point de « résonance » au monde. L’accélération du temps impacte la capacité des individus à être relié, « à être attaché au monde, à entrer en résonance » (Rosa, 2018). La course à pied sur sentiers, élément de réponse vers de possibles (re)connexions, ancrage, immersion – incarnation même – sphère de résonance ouverte, responsive entre le moi et le monde

SUMMARY: Based on the current enthusiasm for trail running activities, the paper suggests that against the spiral of acceleration, increasing speed would make it possible to experience the present time and be connected to the world. What if running, faster, longer, eventually offers the chance for a here and now? The ultra-trail running is being presented as a way of immersion, of plural incorporation to oneself (i), to others (ii) and to the world or nature (iii). A specific geography of inner distance is presented through modes of self-building and various relationships to the world. It is a question of thinking in terms of the body / speed relationship as a way of accessing the present and as a point of “resonance” with the world. The acceleration of time impacts the ability of individuals to be connected, “to be attached to the world, to enter into resonance” (Rosa, 2018). Running on paths, an element of response towards possible (re)connections, anchoring, immersion – very embodiment – sphere of open resonance, responsive between the self and the world?

Présentation de la revue : “Nature & Récréation est une revue pluridisciplinaire de recherche. Elle s’intéresse aux pratiques récréatives de nature. Son projet s’inscrit dans la continuité de l’activité du réseau des chercheurs et experts en sports de nature [sportsnature.org] qui anime et stimule depuis plus de vingt ans le développement de la recherche dans ce domaine. Son ambition est de stimuler et de diffuser des publications scientifiques autour des liens entre la nature et la récréation” (Nature&recreation.org, 2019, en ligne).

L’ÉVEIL PAR LE CORPS

Modèle esthétique des courses sur sentier

Voici le premier texte d’une série intitulée « les pieds sur terre ». Les activités de courses sur sentier sont présentées comme objet de pensée. Matière à réflexion pour des lectures géographique et philosophique qui nourrissent une réflexion sur les modes de relations que permet, que procure et qu’implique la pratique de la course sur sentier ; et autant de pistes de lectures et d’interprétations pour saisir l’engouement actuel pour les évènements de courses à pied. En quoi la course permet-elle de comprendre le monde et les places des individus dans des systèmes complexes ?

S’élancer, se tenir en forme, se préoccuper de sa santé, se transformer, se construire. Débuter au bout de la rue, traverser le quartier, se dépasser et explorer de nouvelles limites — établir de nouvelles relations à son corps, au quotidien, aux autres, à la nature, au monde. Explorer des horizons inconnus, repousser ses limites, devenir le chemin.

À quel moment du parcours — de vie — s’engage-t-on sur une course de longue distance sur sentier ? Peut-on observer des relations spécifiques entre trajectoires biographiques individuelles et participations à une épreuve ultra ? Il s’agit ici d’explorer les pistes qu’ouvrent les différentes pratiques de courses à pied. Des questionnements émergent précisément sur l’activité immersive de pleine nature ; le dépassement de soi ; les rapports au temps et à la vitesse comme possible remède paradoxal à l’accélération ; la présence au monde et les relations d’être-au-monde ; le sentiment d’efficacité personnelle et la puissance d’être spinoziste ; les formes de récit de soi ; etc.

Ces textes s’inscrivent en continuité d’une « exploration du corps en géographe afin de saisir le territoire premier en s’intéressant aux interactions entre pratiques de soi, de son corps-propre et processus de construction identitaire. L’objectif est de comprendre comment l’introduction de nouvelles modalités d’être et d’expériences de soi impacte les rapports du sujet au réel, à lui-même (i), aux autres (ii) et au monde (iii) ». Ces textes contribuent par ailleurs à « saisir ici le corps à la fois comme support de sens (véhicule kinesthésique) et comme vecteur de sens dans l’existence de l’homme moderne » (Plard 2016, 114). Ce #1 intitulé « l’éveil par le corps, modèle esthétique des courses sur sentier » a pour objet la perception et les sens qui se rapportent à la pratique de la course sur sentier dite ultra, de très grandes distance — les ultra trails. Comment la pratique du trail permet d’éclairer la question classique de “ce que peut le corps”.

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