IKIGAï

IKIGAï

Ikigaï est un concept japonais qui souligne la raison d’être, le sens que chacun donne à sa vie.

Il s’agit ici d’un projet de recherche exploratoire et interdisciplinaire pour penser l’engagement dans la pratique du running comme modalité de rapport et de construction de soi. Ikigaï interroge ce que la pratique dit des coureurs, de leur fonctionnement au quotidien, etc.

— Courir pour se construire, façonner le rapport au monde.

Ambition du projet

"Et si courir offrait la possibilité d’être"

L’activité en question serait alors un geste philosophique et pratique. Ainsi, se mettre en mouvement s’envisagerait comme activité de construction de soi.

Qu’en est-il dès lors des rôles de l’intention, de la motivation et de la quête de sens dans la construction identitaire ?

Un certain mode de vie « healthy » semble être associé à ces pratiques. Courir permettrait ainsi d’activer une certaine quête de soi et d’identité — l’identité décrit ici « personally meaningful aims and beliefs as they pertain to a consistent sense of who one is and who one hopes to become » (Bronk, 2016, p. 32). IKIGAÏ interroge précisément cette culture de l’effort, la construction de soi, la quête de sens des pratiquants à travers la place de l’intention, de la motivation et des aspirations personnelles dans leurs courses.

L’enjeu se résume avec l’hypothèse centrale du projet : puisque le corps est notre moyen général d’avoir un monde (Merleau-Ponty, 1971), « si je sens et expérimente mon corps et le réel différemment, j’existe donc différemment » (Plard, 2016).

Ainsi, la première sous-hypothèse à vérifier pressent que les activités de courses permettent de créer des ressources permettant au sujet de se sentir, d’éprouver son corps, ses limites et de se relier à sa chair dans une perspective de dépassement de soi, de challenge et de défis personnels (i).

La deuxième sous-hypothèse concerne la probabilité qu’en participant à de telles activités les participants développement des relations aux autres, à une certaine communauté, puissamment structurée par des systèmes de valeurs (ii). En étudiant l’activité mentale des coureurs, des études récentes ont montré comment la sensibilité “aux éléments spatiaux environnants” augmente chez les coureurs de marathon (Boyer, 2008).

Aussi, la troisième sous-hypothèse s’intéresse aux capacités créatrices de liens que l’activité produit avec l’environnement et le monde (iii).

Au final, IKIGAÏ a pour ambition d’identifier une éventuelle cascade d’événements qui suivent l’installation de la pratique de la course à pied dans la mesure où celle-ci fait évoluer un système de relations en trois temps : à soi (i), aux autres (ii) et au monde (iii).

Tout en contextualisant de façon géoréférencée les courses, IKIGAÏ propose une lecture innovante de ces pratiques et les mets en relation avec une certaine quête d’authenticité et processus de construction identitaire.

IKIGAÏ envisage ces différentes pratiques comme support de sens et moyen par lequel établir de nouvelles relations existentielles. Puisque ce sens est positivement corrélé au niveau de bien-être d’un individu, il est possible de suggérer qu’en s’engageant dans de telles activités et en établissant des relations de sens, les participants construisent leur propre bien-être (Jose & Grouden, 2015). L’engagement des participants dans ces pratiques impacts positivement le sentiment de confiance en soi et de bien-être à travers le développement de liens dans le système de relations en trois temps précédemment évoqués.

Finalement IKIGAÏ a pour ambition de saisir ce que chaque pratique dit d’elle-même et de celles et ceux qui s’y engagent.

Résumé du projet


Présupposé : Courir, c’est sentir son corps vivant ; se sentir vivant et en faire l’expérience kinesthésique


Hypothèse
Le running développerait une expérience nouvelle du corps ressentie par le coureur (i) et favoriserait le développement d’une relation à soi qui ancre dans le réel, et donne accès à une qualité de présence au-delà de la pratique même.


Objectifs
Le corps pour objet de recherche, espace géographique étudié à travers les pratiques de courses à pied. Oui, pour répondre au texte de Francine Barthe-Deloizy (2011), le corps peut être un objet de savoir géographique. Il est même le premier, le postulat de départ par lequel quiconque est et expérimente le monde, la spatialité originaire du corps propre précisément (Petit, 2003). Je défends cette idée qu’il est crucial de le définir en des termes géographiques, de rapport à l’espace et propose une certaine géographie incarnée pour étudier les modes de connections à cet espace primordial (Plard, 2016).

L’objectif est ici d’explorer les expériences des pratiquants de trois types de pratiques : les courses obstacles & courses ludiques (a), les trails (b), les courses urbaines & communautaires (c). Il s’agit de qualifier la vie quotidienne, le bien-être et la santé des pratiquant(e)s au regard d’indicateurs associés au bien-être. La collecte d’informations s’organise auprès d’eux en deux phases.

— PHASE 1 > Une première étude corrélationnelle explore via une enquête par questionnaire les variables associées à l’engagement et la motivation des participants au regard de composantes du bien-être dans le cadre de ces pratiques. Il s’agit de vérifier la relation entre engagement dans la pratique et besoins spécifiques (dépassement de soi, connaissance de soi, etc.). Quelles sont les sensations corporelles recherchées ? Cette phase sera appuyée par les partenaires du projet pour assurer la diffusion de l’enquête en ligne (GoogleForm) sur les réseaux sociaux des partenaires. Dans le cadre des théories de self-determination, et des basic psychological needs il s’agit ici d’évaluer l’impact d’engagement dans une activité de type runnning pratiques telles que le trail, ironman, et/ou des courses d’obstacles) sur les indices du bien-être. Quels impacts la pratique de ces activités ont-ils sur la question du sens — purpose & meaning-in-life measures (Macdonald, Wong, & Gingras, n.d.). Comment lire ces volontés de remaniements de soi et de self-actualisation (Maslow, 2003). Cet objectif se traduit en besoin d’informations converties en termes de variables identifies ci-dessous.

— PHASE 2 > Une seconde étude cible par des entretiens semi-directifs des retours sur expériences. Les parcours des coureurs seront qualifiés au regard d’indicateurs concernant l’expérience. Sur un format semi-directif, les interviews visent à comprendre finement les mécanismes d’engagement dans des pratiques particulières, et de quoi il procède. Cette deuxième phase vise une approche fine par les expériences de participant(e)s. Quels sont les facteurs d’engagement dans une pratique ? Quels sont les motivations et modes de vie associés ? Quelle connaissance est tirée de ces expériences ? Quelles sont les ressources mobilisées associées à ce mode de vie (temps, argent, réseaux sociaux) ? Une quête particulière motive-t-elle les participants à s’engager dans une pratique particulière, sorte de chemin d’une quête de soi et de sens plus large (brown, 2013). Les questions du sens, de la quête et de l’engagement personnel sont explorées ici. Pour Reker et Wong (1998), le sens personnel ou personal meaning correspond “cognizance of order, coherence and purpose in one’s existence, the pursuit and attainment of worthwhile goals, and an accompanying sense of fulfillment” (p. 221) (P. T. Wong, 1989; P. T. P. Wong, 1998).