L’ÉVEIL PAR LE CORPS

Modèle esthétique des courses sur sentier

Voici le premier texte d’une série intitulée « les pieds sur terre ». Les activités de courses sur sentier sont présentées comme objet de pensée. Matière à réflexion pour des lectures géographique et philosophique qui nourrissent une réflexion sur les modes de relations que permet, que procure et qu’implique la pratique de la course sur sentier ; et autant de pistes de lectures et d’interprétations pour saisir l’engouement actuel pour les évènements de courses à pied. En quoi la course permet-elle de comprendre le monde et les places des individus dans des systèmes complexes ?

S’élancer, se tenir en forme, se préoccuper de sa santé, se transformer, se construire. Débuter au bout de la rue, traverser le quartier, se dépasser et explorer de nouvelles limites — établir de nouvelles relations à son corps, au quotidien, aux autres, à la nature, au monde. Explorer des horizons inconnus, repousser ses limites, devenir le chemin.

À quel moment du parcours — de vie — s’engage-t-on sur une course de longue distance sur sentier ? Peut-on observer des relations spécifiques entre trajectoires biographiques individuelles et participations à une épreuve ultra ? Il s’agit ici d’explorer les pistes qu’ouvrent les différentes pratiques de courses à pied. Des questionnements émergent précisément sur l’activité immersive de pleine nature ; le dépassement de soi ; les rapports au temps et à la vitesse comme possible remède paradoxal à l’accélération ; la présence au monde et les relations d’être-au-monde ; le sentiment d’efficacité personnelle et la puissance d’être spinoziste ; les formes de récit de soi ; etc.

Ces textes s’inscrivent en continuité d’une « exploration du corps en géographe afin de saisir le territoire premier en s’intéressant aux interactions entre pratiques de soi, de son corps-propre et processus de construction identitaire. L’objectif est de comprendre comment l’introduction de nouvelles modalités d’être et d’expériences de soi impacte les rapports du sujet au réel, à lui-même (i), aux autres (ii) et au monde (iii) ». Ces textes contribuent par ailleurs à « saisir ici le corps à la fois comme support de sens (véhicule kinesthésique) et comme vecteur de sens dans l’existence de l’homme moderne » (Plard 2016, 114). Ce #1 intitulé « l’éveil par le corps, modèle esthétique des courses sur sentier » a pour objet la perception et les sens qui se rapportent à la pratique de la course sur sentier dite ultra, de très grandes distance — les ultra trails. Comment la pratique du trail permet d’éclairer la question classique de “ce que peut le corps”.

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